4 Mythes Sur L’EMDR

Les Mouvements Des Yeux, la solution à vos traumas.

Nombreuses sont les croyances, les mythes et les légendes qui circulent à propos de ce qu’est l’EMDR.  Rien d’étonnant, étant donné le succès que cette thérapie révolutionnaire connait à travers le monde !
Vous voulez y voir plus clair ? C’est parti ! 

1 . L’EMDR EST UNE NOUVELLE THÉRAPIE 

En fait, cela dépend de ce que vous appelez nouveau… En novembre 2019, l’EMDR va fêter ses 30 ans !!! Il s’en est passé des jours et des jours (10950 hors années bissextiles) depuis que F. Shapiro a marché dans ce parc et a pu repérer qu’elle bougeait les yeux tout en pensant à de mauvais souvenirs  ! On est d’accord que 30 ans, cela reste jeune. Mais on ne peut pas parler de nouveauté !!!

2. L’EMDR NE S’APPUIE PAS SUR LA RECHERCHE

Mais loool. MDR. PTDR. LMFAO. Depuis 1989, l’EMDR est devenu l’une des approches thérapeutique les plus documentées au monde !!! A tel point qu’elle est désormais la thérapie de choix pour soigner l’Etat de Stress Post Traumatique (ESPT). Qui a fait ce choix ? l’OMS, en 2013, l’APA en 2004, et le ministère américain pour les vétérans en 2004. Testez par vous même : faites une recherche sur le site pubmed : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/?term=EMDR et voyez combien de recherches apparaissent ! De tous les mythes, c’est le plus stupide qui soit !

3. L’EMDR, c’est juste remuer les doigts devant un patient. 

Les mouvements des yeux, une des stimulations permettant de digérer les traumas en EMDR.


Limiter la thérapie EMDR aux mouvements des yeux, c’est un peu comme limiter votre voiture à son accélérateur… Son protocole ne contient pas moins de 8 phases. Et les mouvements oculaires n’apparaissent qu’entre les phases 4 et 7. 

De plus, tous les professionnels convenablement formés savent que les mouvements oculaires ne sont qu’une des formes de stimulation qui peuvent être utilisées. Les sons, les tapotements, les vibrations marchent tout aussi bien pour éradiquer vos traumas !

4. L’EMDR EST UNE THÉRAPIE EN 5 SÉANCES

Et bien… Oui… et non. Dans certains cas, l’EMDR peut être très rapide. Mon record personnel est … une seule séance avec une patiente. Et le trauma a été englouti dans le passé ! 

Pour autant, dans la majorité des cas, cela ne fonctionne pas aussi vite car les patients ont rarement un seul évènement traumatique à traiter. Il n’est pas rare non plus que certains blocages viennent ralentir le traitement.

Tout dépend donc de vos capacités à digérer, de vos blocages et du nombre de traumas à traiter ! 

Par Julien Baillet, d’après “EMDR Therapy : Separating Fact from Fiction (Sarah Jenkins, 2014)”. 

EMDR et Estime De Soi

 

Parmi les symptômes que les patients rapportent le plus souvent en thérapie, le manque de confiance en soi, ou la faible estime de soi se place aisément dans les premières places. Il est presque sur le podium. Il faut dire que ses symptômes ne sont pas agréables, très fréquents, et handicapants. Peut être les avez vous déjà expérimentés, ou bien vous les expérimentez encore. Si vous n’avez jamais connu des moments de faible estime de vous même, prenez le temps de vous imaginer ainsi :  croire que l’on est pas capable, qu’on est nul, voué à l’échec, et qu’on ne peut pas compter sur soi-même. Pas agréable, n’est-ce pas ? Ni motivant. Et pourtant. Avoir ces pensées arrive bien plus souvent qu’on le pense. D’où est-ce que ça vient ? Voyons cela …

Un Symptôme Post Traumatique

Parmi toutes les théories qui abordent le fonctionnement de l’Estime de Soi et sa place dans les souffrances que peuvent expérimenter les gens, rares sont celles qui abordent sa connexion au traumatisme.

Parenthèse : je trouve que bon nombre de ces théories sont totalement artificielles et déconnectées de ce qu’un patient réel peut vivre. A croire que certains auteurs et chercheurs ne savent pas ce qu’est un patient. Ils établissent des concepts descriptifs très pointus, qu’ils ne prennent jamais le temps de relier à ce que les gens ressentent, expérimentent, ou vivent. C’est une psychologie désincarnée que vous pouvez lire malheureusement  dans beaucoup trop d’ouvrages.  Du coup, à force de créer du concept et à les relier uniquement entre eux, aucune application clinique n’est possible tant les concepts sont coupés du réel. Pourtant, la psychophysiologie, les neurosciences, la neurobiologie interpersonnelle, la psycho-traumatologie, (etc) apportent régulièrement des données et des informations qui nous permettent d’incorporer la psychologie, la rendre plus réelle, plus concrète à notre vie et nous permettre d’agir dessus. Et surtout, de nombreux cliniciens construisent des outils pour soigner ces symptômes. Fin de la parenthèse.

La faible Estime de Soi fait partie intégrante des symptômes post traumatiques. Voyez par vous même.  Le critère D du DSM5 concernant l’Etat de Stress Post Traumatique l’aborde largement :

Critère D : Pensées et/ou émotions négatives qui ont commencé ou ont empiré après le trauma, comme suit :

• Une incapacité à se remémorer les moments clés du trauma

• Pensées et suppositions négatives excessives à propos de soi ou du monde 

• Accusation de soi ou des autres exagérée dans la responsabilité du trauma (c’est leur faute si/c’est ma faute si c’est arrivé)

• Affects négatifs 

• Diminution de l’intérêt pour les activités

• Sentiment d’isolement

• Difficultés à ressentir des affects positifs

( D’après https://www.ptsd.va.gov/professional/PTSD overview/dsm5_criteria_ptsd.asp)

En caractères gras,  on retrouve tous les éléments d’une faible estime de soi.

Il ne s’agit pas de dire ici que tous les problèmes d’estime de soi sont d’origine traumatiques. Même si personnellement je ne suis pas loin de le constater. Car dans ma pratique, tous les problèmes d’estime de soi traités dans une perspective traumatique se sont largement améliorés, ou ont complètement disparu. Je dis bien tous. Mais bon. Cela reste de l’expérience clinique, et non de la recherche validée.

Quelles Conséquences ?

Ce que je trouve particulièrement intéressant dans ces critères, c’est le lien qui est fait avec les émotions. Une faible estime de soi n’est pas émotionnellement neutre. Cela implique donc que l’estime de soi n’est pas uniquement rationnelle. De là, nous avons une porte d’entrée très différente qui s’ouvre à nous pour traiter en profondeur les racines du manque d’estime de soi, au lieu de se limiter à une reconstruction cognitive de croyances erronées. Ici, la croyance est plutôt déformée par l’affect.

Les praticiens EMDR le savent bien. Il est systématique de repérer une distorsion cognitive lors du rappel d’un évènement traumatique. Le simple fait de se rappeler un évènement qui nous fait encore souffrir émotionnellement vient affecter le fonctionnement de notre cortex pré-frontal, dont les différentes régions sont particulièrement impliquées dans la cognition : parole, prise de décision, planification, orientation, réflexion, régulation des émotions, empathie et d’autres encore.

Sachant cela, il s’agit de donner une nouvelle perspective au manque d’estime de soi . Il semble insuffisant de la limiter à un schéma de croyances inadaptées apprises. Il s’agit d’impliquer la dimension émotionnelle en envisageant le manque d’estime de soi par la distorsion de ces croyances sur soi-même due à des événements douloureux . Nous ne sommes pas pure cognition. Loin de là.

EMDR et Estime de Soi : La Thérapie de Mme C

Mme C est une patiente que j’accompagne depuis quelques mois maintenant. Parmi tous les symptômes qu’elle rencontre, le manque d’estime de soi est un symptôme récurrent. Toutes ses séances sont agrémentées d’anecdotes où elle pense “je suis nul”, “je n’y arriverai jamais” ou “je ne peux pas faire ça”.

Suite à une séparation, elle a souhaité entamer une thérapie EMDR pour l’aider à  “débloquer ses freins”. Etant dans une démarche introspective et de développement personnel, elle avait réalisé l’existence de ces “freins”. Sans parvenir à les faire disparaitre.

Après notre première rencontre, nous avons pris le temps d’une séance pour identifier quels étaient les souvenirs cibles à traiter.  Ces souvenirs sont ceux qui, selon la théorie du Traitement Adaptatif de l’Information, maintiennent le système de réseaux dysfonctionnels que Mme C appelle ses “freins”.  Après cette séance de repérage, nos séances se sont focalisées sur la digestion, l’intégration des souvenirs, de leurs émotions et de leurs sensations associées.

Les résultats ne se sont pas fait attendre :

  • Après une séance, Mme C se sentait déjà plus capable. Elle l’a notamment remarqué dans ses relations avec son ex mari. Leurs relations restaient en effet tendues depuis la séparation. Mme C se mettait notamment la pression concernant leurs filles, et la communication que Mme C devait entretenir avec son ex mari pour leur éducation. Elle se sentait nerveuse au moindre sms ou appel téléphonique de celui-ci. Une boule au ventre la prenait systématiquement. Après la première séance, ces sensations avaient diminué, ainsi que la peur qui y était associée.
  • Après la deuxième séance, toutes les sensations négatives avaient disparu. Le traitement a aussi impacté une sensation de stress par rapport à l’heure. Mme C s’interdisait à tout prix d’être en retard. Cette pression avait disparu après cette séance.
  • Après la troisième séance, Mme C se montrait plus ouverte, moins hésitante dans son discours, plus détendue et souriante. Elle sent déjà qu’elle n’est plus la même personne. Elle a pu reprendre ses recherches concernant un travail, qu’elle avait mis de côté, ne se sentant pas capable d’y arriver.

Conclusion

Même si j’observe ce type d’évolution chez mes patients depuis plusieurs années maintenant, je suis toujours émerveillé de voir la transformation des gens, et de pouvoir y participer. Ce sont des moments magiques.

Ces résultats illustrent parfaitement notre postulat théorique de départ. Traiter les racines traumatiques du manque d’estime de soi le font progressivement disparaitre. Et ce de façon durable. Quand l’intégration est complète, nous n’avons plus aucune raison de nous sentir nul, incapable ou pas à la hauteur, car toutes les informations émotionnelles et sensorielles qui soutenaient ces croyances ont disparu.

 

Par Julien Baillet

 

EMDR Du Burn Out

Eye Movement Desensitization & Reprocessing (EMDR)

EMDR  peut se traduire en français par ” Désensibilisation et Retraitement par les Mouvements Oculaires”, ce qui donnerait  DRMO en français… Gardons EMDR. :p

Il s’agit d’un protocole de psychothérapie intégrative qui fait des miracles avec votre cerveau. Je dis bien avec votre cerveau, car il est important de préciser que c’est lui qui fait le travail. Le protocole vient le faciliter. En quelques séances (parfois plus selon les cas), il vous permet de digérer les moments les plus douloureux de votre existence, tant que votre système nerveux le supporte.

Mondialement reconnu pour son efficacité dans le soin du Stress Post Traumatique (Retrouvez plus de détails dans l’article EMDR et TAI : Quand Les Souvenirs Nous Rendent Malade) l’EMDR montre désormais son efficacité et sa pertinence dans le soin de nombreux autres troubles.

Etude de Cas :

Etre en Burn Out pour ne pas se croire fainéant

Dans mon article “Quels Secrets Pour Réussir Son Burn Out”, je proposais sur un ton d’humour noir les meilleurs moyens de réussir efficacement son Burn Out.

Dans mon cabinet, il m’arrive souvent de travailler avec des personnes en Burn Out, ou sur son chemin. J’ai remarqué qu’une des caractéristiques commune à de nombreuses personnes candidates au burn out, c’est une croyance négative très particulière. Et cette croyance, c’est : ” Je suis un(e) fainéant(e)“. Pour lutter contre ce type de croyance, ces personnes se surchargent de travail, de tâches, d’exigences, etc. Car pour elles, n’envisager qu’une seule seconde qu’elles puissent être “fainéantes” est tout simplement insupportable. Mieux vaut s’épuiser dans des tâches inutiles, où avoir l’air de travailler ou d’être productif.  C’est donc pour éviter cette croyance qu’ils développent des stratégies qui deviennent des problèmes. (NB: il existe d’autres croyances négatives dans le fonctionnement du Burnout que je n’aborderai pas ici).

Qu’est-ce qu’une croyance négative ?

Un des problèmes que pose une croyance, c’est qu’elle ne se contrôle pas. Elle est là, en nous, tapie dans l’ombre de notre conscience, prête à être réactivée par le moindre déclencheur du quotidien (situation, parole, émotion, sensation) et venant la rappeler à nous. Deux raisons majeures viennent expliquer cela :

1/ La structure du cerveau, échafaudée sur ” 3 grands niveaux ” d’après le modèle de Mc Lean : le niveau cognitif, le niveau émotionnel (cerveau limbique), et le niveau sensori-moteur ou corporel (cerveau reptilien).  Cette structure implique que nos croyances existent en fonction des émotions et des sensations qui la soutiennent (d’autres infos dans le bonus de mon blog ;)).

2/ L’âge de développement auquel cette croyance a été apprise. Si on arrête de croire au Père Noël, ce n’est pas uniquement parce qu’un de nos camarades de classe a voulu faire le buzz et a balancé l’info à la récré. C’est aussi parce que le développement de notre cerveau ne le permet plus (sauf cas exceptionnels de déni pathologique ou de dissociation, qui peuvent nous maintenir dans des croyances erronées pour ne pas gérer une part difficile de la réalité). L’histoire des rennes volants, des elfes, etc, tient de moins en moins la route… Et à quoi servent les magasins de jouets, si les elfes du Père Noël les fabriquent tous ? 🙂

Le Cerveau Triunique de Mc Lean ; en rose, le cerveau reptilien, en jaune le cerveau limbique, en bleu/vert le cerveau cognitif.

Parenthèse technique : dans un travail en thérapie EMDR, définir une croyance négative signifie qu’elle doit correspondre à plusieurs critères. La théorie EMDR part du principe qu’une croyance négative est une manifestation post traumatique.  Elle est issue d’un traumatisme. Cette croyance est auto référencée (elle parle de nous), irrationnelle (ne renvoie pas à un fait réel), actuelle (elle reste présente), généralisable (elle revient dans différente situations), et enfin elle a une résonance affective (elle génère des émotions).

On voit bien que la croyance “Je suis un(e) fainéant(e)” correspond à de nombreux critères. Car cette croyance est un jugement de valeur. Une première étape du traitement va être de trouver les souvenirs du passé qui soutiennent cette croyance négative. On appelle cela trouver le Souvenir Source. C’est le souvenir le plus ancien qui a fait traumatisme, et a “initié” la croyance négative. Il s’agira ensuite de retraiter ce souvenir. Et la croyance négative disparaitra d’elle même, ou sera au moins atténuée par le traitement (Certaines situations complexes méritent le traitement de plusieurs souvenirs).

Retraitement des Souvenirs

Dans le cas d’une de mes patientes, nous avons trouvé dans son histoire de nombreux souvenirs venant de ses relations familiales. Ses parents étaient enseignants, et ne lui accordaient aucun moment de répit lorsqu’elle était enfant, puis adolescente. Quand les cours étaient finis, place aux devoirs. Quand les devoirs étaient finis, place aux révisions. Quand les révisions étaient finies, place aux activités. Etc. Aucun moment n’était laissé au jeu, au repos, à l’ennui, à la rêverie, ou autre. Il ne fallait surtout pas rester inactif, sans rien faire. Parmi d’autres souvenirs, cette patiente se rappelait très précisément comment son père articulait, et le ton de sa voix quand il évoquait sa “fainéantise”. C’est de cette image et de ce son dévalorisant dont nous sommes partis pour débuter le traitement.

Au cours des séances, cette patiente a pu ressentir diminuer une pression interne qui l’accompagnait “depuis toujours” disait elle. Elle se considère beaucoup moins comme une fainéante lorsqu’elle est fatiguée, ou qu’elle a envie de s’amuser. Même le mot “fainéant” n’est plus un problème. Elle s’est progressivement autorisée à prendre du repos, puis des congés, et parfois même des arrêts maladie. Pendant longtemps, elle se l’était interdit pour ne pas être un poids pour la société, et pour ne pas pénaliser ses collègues de travail. “Ils comptent sur moi” disait elle.

Cette patiente a su mettre fin à des années de négligence d’elle même, de ses besoins de repos, et autres. Elle a progressivement retrouvé le sourire, l’envie, et la motivation de faire des choses. Elle est désormais vigilante sur ses envies d’être parfaite, ses besoins de légèreté, de repos et de récupération. Car nous ne sommes pas nés pour produire. Nous sommes plus que cela. C’est ce que notre corps nous rappelle dans l’épuisement du Burnout.

Par Julien Baillet

EMDR et Traitement Adaptatif de l’Information : Quand Les Souvenirs Nous Rendent Malade

La thérapie EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) a été largement validée pour son efficacité à soigner l’Etat de Stress Post Traumatique (ESPT), une des formes les plus connues de traumatisme.  En 2007, un article de la revue Stress et Trauma faisait état de 15 études contrôlées et randomisées attestant de l’efficacité de l’EMDR dans le soin de l’ESPT. Cette thérapie bénéficiait de plus de 12 recommandations internationales, avec celle de l’OMS en Juillet 2012. En France, une étude Inserm (2004), et la Haute Autorité de Santé (2007) recommandaient son utilisation. Depuis bientôt 30 ans,  la recherche étudie l’EMDR. Et aujourd’hui on sait que son efficacité  touche un champs bien plus large que celui de l’ESPT.

Cette thérapie est doublement révolutionnaire.

Tout d’abord dans son protocole et dans sa façon de résoudre la problématique traumatique. Résumons ici son modus operandi : penser à un souvenir douloureux, l’évaluer par des questions spécifiques, se concentrer sur les éléments saillants et appliquer des stimulations bilatérales alternées ( mouvements oculaires, tapotements sur les genoux, ou bip bip sonore). Répéter le process en alternant les pauses et les stimulations, et au bout d’un certain temps, le souvenir devient aussi banal que votre dernier repas (même s’il était exceptionnel). Presque miraculeux. Mais plus simplement physiologique.

Le deuxième aspect révolutionnaire, c’est son modèle théorique, le modèle explicatif de son efficacité. Ce modèle a été nommé Traitement Adaptatif de l’Information (T.A.I).

Francine Shapiro, Fondatrice de la Thérapie EMDR

“Les éléments procéduraux de l’EMDR, incluant les stimuli d’attention double, déclenchent un état physiologique qui active le système de traitement de l’information” Francine Shapiro, Manuel d’EMDR, p.39

Le Traitement Adaptatif de l’Information

Tout en créant le protocole EMDR, sa fondatrice, Francine Shapiro a aussi élaboré des fondements théoriques pour expliquer les effets et l’efficacité de l’EMDR. Car c’est bien beau de parvenir à traiter les traumatismes de façon aussi rapide, systématique et profonde. Alors qu’aucun traitement auparavant n’avait su le faire. Encore faut-il comprendre comment on a obtenu ce résultat. Sans cela, on risque ne pas pouvoir le reproduire, et perdre toute dimension scientifique.
Francine Shapiro est donc partie du principe suivant : imaginez que vous vous êtes coupé le doigt récemment en cuisinant. Ca arrive à tout le monde. Après avoir nettoyé la plaie, si celle-ci ne nécessite pas de points de sutures, c’est votre corps qui va prendre en charge, de façon automatique, le processus de cicatrisation. Vous ne lui demanderez pas de le faire. Vous ne déciderez pas de le faire. Ca se fait tout seul. Et bien le T.A.I, c’est l’équivalent de ce processus de cicatrisation appliqué à notre mental, avec pour support organique le cerveau. 
Affinons maintenant notre compréhension du T.A.I. Si l’on est capable, de façon naturelle, d’auto-traiter des souvenirs douloureux, il arrive malheureusement que le système  de traitement ne fonctionne pas correctement. Et au lieu de traiter le souvenir de façon adaptée, il va être stocké de façon dysfonctionnelle. C’est ce type de stockage inadapté qui va ensuite générer des symptômes et troubles mentaux comme l’ESPT, les douleurs chroniques, les addictions, et bien d’autres. On parle aussi de défaut d’intégration de la mémoire.  
Travailler le souvenir dysfonctionnel en EMDR, c’est lui redonner sa dimension fonctionnelle. C’est réactiver le système d’auto-guérison. C’est mettre le passé à sa place, dans vos tiroirs à souvenirs. En finir enfin avec une lutte interne qui n’a pas de sens, juste de la souffrance. Et ensuite, les symptômes disparaissent. Par effet d’autorégulation. Car le système de traitement peut à nouveau fonctionner normalement, et n’a plu besoin de gérer des informations dysfonctionnelles.
Comparons notre cerveau à un ordinateur (c’est très réducteur, mais c’est pour comprendre). C’est comme si notre cerveau n’avait pas pu mettre à jour un programme qui n’est pas compatible avec sa version actuelle. Pour moi, l’EMDR est un outil de mise à jour des informations non intégrées par le cerveau.
Avec ce modèle théorique, les conséquences sont lourdes. Il place en effet les souvenirs et la qualité de leur traitement au coeur du processus psychopathologique. Et du même coup, au coeur de notre santé mentale. Les mémoires dysfonctionnelles formeraient  la base de futures réponses inadaptées, car les perceptions de la vie courante deviendraient alors déformées, biaisées par ces mémoires dysfonctionnelles.  Un principe clé du T.AI est que ce sont les souvenirs non intégrés et stockés de façon dysfonctionnelle qui forment les bases de la psychopathologie.  
Les souvenirs peuvent donc être pathogènes, créateurs de maladies.
La réactivation de ces souvenirs, même des années après l’évènement originel, peut conduire à un éventail de symptômes particulièrement large incluant les images intrusives d’un évènement bouleversant comme les flashbacks, les cauchemars ou des pensées obsédantes. Mais aussi la dépression et les addictions.

Pourquoi le T.A.I échoue-t-il parfois ?    

Qu’est-ce qui peut venir empêcher le fonctionnement de notre système d’auto-soin ? Selon le DSM-V, l’interruption ou l’échec du traitement de l’information (American Psychiatric Association [APA], 2013) peuvent être dû à une expérience bouleversante (oui, une seule !) et/ou un important niveau de stress lors d’une expérience traumatique. Mais il peut y avoir beaucoup d’autres causes, démontrées par la recherche clinique (Hase and Balmaceda, 2015). Par exemple, le vécu d‘intenses sentiments d’impuissance, ou encore de mauvaises interprétations d’un évènement perçu comme extrêmement dangereux peuvent aussi avoir ces conséquences. Des émotions intenses peuvent elles aussi conduire à l’interruption du processus intégratif.
Pour les enfants et les adolescents, l’attachement à un caregiver ou un sentiment d’importance sont des prérequis indispensables pour leur permettre d’intégrer un évènement de vie stressant. En conséquence, l’absence d’une figure d’attachement peut conduire à un défaut d’intégration des souvenirs et mener au développement d’un ESPT, même en l’absence d’évènement traumatique (Verlinden et al., 2013).
Des comportements violents de la part d’une figure d’attachement ou des négligences produiraient les mêmes conséquences.
L’épuisement et certaines conditions physiques  peuvent aussi expliquer l’interruption du processus.  L’influence de médicaments n’est pas à exclure.
Cette liste n’est pas exhaustive. Et elle montre déjà beaucoup trop d’occasions de ne pouvoir convenablement intégrer des éléments douloureux, que la vie ne nous permet pas toujours d’éviter.
Au cas où vous ne l’auriez pas encore compris en lisant cet article, l’intégration, c’est à dire comment  notre système nerveux peut traiter, digérer, métaboliser, transformer toutes les informations qui sont à sa portée, est la clé de notre santé mentale. Je le vérifie quotidiennement dans mon cabinet, 5 patients par jour, 5 jours par semaines, 40 semaines par an, depuis 7 ans (soit 7000 fois… Ce n’est plus du “hasard” là, si ?)
Aujourd’hui, nous pouvons tous nous réjouir. Il existe pour parer à ces “bugs” de notre système d’auto-soin, les protocoles et les procédures EMDR, mais aussi d’autres thérapies qui travaillent sur les différents niveaux d’intégration : la Thérapie Sensorimotrice, Hakomi, le Brainspotting, la T.A.T, l’I.M.P, l’I.C.V, pour ne citer que celles que je connais. Toutes sont là pour réactiver notre système de traitement et transformer, digérer tous nos souvenirs dysfonctionnels. Depuis 30 ans, nous pouvons poursuivre la vie que le traumatisme nous avait enlevé. Grâce à Francine Shapiro, Pat Ogden, Ron Kurtz, David Grand, Tapas Fleming, Paul Landon, Peggy Pace. Et Sûrement d’autres. Un immense Merci à eux !!!!!! 🙂 🙂 🙂

D’après l’article “The AIP Model of EMDR Therapy and Pathogenic Memories” – Michael Hase, Ute M. Balmaceda, Luca Ostacoli, Peter Liebermann and Arne Hofmann – Septembre 2017 

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Par Julien Baillet