Le Coût de la Maltraitance sur les Enfants

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Il y a plusieurs années, je travaillais dans des institutions spécialisées pour soigner et accompagner des enfants en difficulté. J’étais donc psychologue dans un I.TE.P (Institut Thérapeutique Educatif et Pédagogique) et dans un C.M.P (Centre Médico Psychologique). Dans ces deux endroits, je côtoyais la maltraitance sur les enfants et leurs traumatismes quasi quotidiennement.  Soit parce qu’ils en étaient victime dans leurs familles, et les institutions essayaient de les protéger et de les soigner, soit, et c’est bien plus grave, la maltraitance sur les enfants venait de l’institution elle-même.
L’exemple le plus marquant pour moi eut lieu quelques semaines à peine après mon arrivée dans l’ITEP.  Je partageais mon bureau avec deux autres psychologues, et notre fenêtre donnait sur la cour dans laquelle les enfants jouaient entre midi et deux. En regardant par la fenêtre, je vis un adulte pousser si violemment un enfant dans le dos que l’enfant s’envola littéralement sur plusieurs mètres avant de chuter lourdement sur le sol.
Mon sang ne fit qu’un tour. Rempli de colère, je me jetais dans le bureau de ma collègue pour lui dire ce que j’avais vu, et que j’allais le signaler de ce pas à la direction. Elle approuva, et me soutint dans la démarche. L’étape suivante était le bureau du directeur, qui fut content d’avoir quelqu’un pour témoigner contre ce “professionnel”. Je rédigeais mon écrit. Mais je ne m’arrêtais pas là. Je partais voir l’agresseur pour l’informer de ma dénonciation. Et là, l’homme s’effondra en larmes. Il me dit “Tu as raison. J’ai mal fait. Mais je ne sais plus comment faire avec ce gamin.” J’étais doublement choqué.
 Une autre forme de maltraitance dans cette institution était bien plus pernicieuse et profonde. J’ai pris conscience progressivement que je ne partageais pas les mêmes buts que beaucoup de mes collègues. Pour eux, les enfants devaient s’adapter aux règles. Et pas le contraire… Et nous nous appelions Institution Thérapeutique ? Hellooooooo !!! Où est le thérapeutique dans le fait de ne pas s’adapter aux besoins et aux problématiques des enfants ? Il n’y en a pas. C’est même le contraire. C’est maltraitant. J’ai appris un jour que cet ITEP avait été un I.R : Institut de Rééducation. Oui, à une autre époque, c’est la “rééducation” qui “soignait”. Et par rééducation, la violence physique était sous-entendue. Et ces collègues qui refusaient de changer avaient participé à l’époque I.R… Lourd héritage. Que les enfants payaient bien cher. Le centre de soin ne les soignait pas. Au contraire. Pour un grand nombre d’enfants, leurs Q.I diminuaient au cours des années. Et la plupart ne s’en alarmaient pas. A part quelques exceptions.
Tout cela était loin d’être satisfaisant pour moi, et encore moins épanouissant. Il y aurait beaucoup d’autres anecdotes comme celles là à raconter. Toutes mises bout à bout, j’ai donc décidé de me consacrer exclusivement à mon cabinet. Je pouvais ainsi choisir comment me former, et comment soigner, sans avoir aussi à subir la maltraitance de certains collègues.

L’impact des violences physiques sur la scolarité des enfants 

d’après Brooke McCord, 2017.

 
Un chercheur de l’université de Penn State (Pennsylvanie, USA) et ses collaborateurs ont mis en évidence l’impact des maltraitances sur les enfants comme reliées aux déficits cognitifs des performances scolaires, et que des punitions même non violentes étaient associées à une moindre motivation scolaire et une augmentation de l’isolement.
Alors que les châtiments corporels et les violences physiques ont déjà été reconnu comme réduisant le développement cognitif et la réussite scolaire, cette étude est une des rares à évaluer en même temps les punitions physiques violentes et non violentes rapportées par les enfants et ceux qui s’occupent d’eux. Même si les maltraitances ne créent pas de blessure physique sérieuse, les enfants vont vivre de la peur, de la détresse, et ces stresseurs impactent la structure du cerveau, le développement et le bien-être global.
Dans cette étude, plus de 650 enfants et leurs parents ont été examiné selon 3 types de maltraitances physiques : punition corporelle légère, sévère et violente. Les groupes ont rapporté leur utilisation et leur vécu et les chercheurs ont mesuré  les performances cognitives, l’engagement scolaire, et l’isolation des enfants par rapports à leurs pairs.
Il a été trouvé que toutes les formes de violences physiques augmentent la perte de motivation scolaire, qu’une exposition précoce a une influence négative sur les performances cognitives, et que seules les violences sévères augmentent notablement l’isolation vis à vis des pairs.
Ce qui démontre que les maltraitances physiques sur les enfants, qu’elles que soient leur niveau d’intensité, n’ont aucun impact positif sur différents aspects de la scolarité des enfants (ici, les performances cognitives, la motivation et la relation aux autres enfants).

La maltraitance invisible : les négligences 

D’après The Science Of Neglect, in developingchild.harvard.edu

Dans la famille des négligences, l’absence de réaction des parents à l’attitude émotionnelle de leur enfant peut apparaitre comme bénigne. Quel est le mal à laisser pleurer son enfant ? Et bien simplement parce que pour un enfant, la perception d’une menace active chez lui les systèmes biologiques de réponse au stress, et que leur activation excessive a un effet toxique sur le développement des circuits neuronaux. Or les enfants ne possèdent pas des circuits d’autorégulation émotionnelles qui sont nécessaires à l’apaisement et la régulation. C’est pourquoi il est si important que leurs référents de sécurité répondent à leur détresse pour les aider à construire cette aptitude à l’autorégulation. Ces réponses précoces et répétées vont être le socle d’une meilleur santé, physique et mentale, tout au long de la vie à venir.

La négligence chronique produit un panel plus large de dommages que les violences actives. Et parce qu’elles sont plus silencieuses et cachées, elles reçoivent généralement moins d’attention. Les études nous ont  pourtant appris que les enfants qui recevaient peu d’intérêt et de réaction de la part de leurs parents ou référents éducatifs, connaissent des problèmes de santé physique et mentale qui produisent des déficiences développementales plus étendues que les violences physiques. Ces déficiences incluent des retards cognitifs, retards de croissance, des troubles des fonctions exécutives et des capacités d’auto-régulation, et des perturbations de la réponse au stress du corps. Avec près d’un demi million de cas répertoriés aux USA en 2010, les négligences représentent 78% des maltraitances, bien plus que les violences physiques (17%), sexuelles (9%) et psychologiques (8%) combinées.

Conséquences de maltraitances sévères sur le développement du cerveau d’un enfant de 3 ans.

 Les privations ou négligences produisent : 

  • Des perturbations dans le développement du cerveau et comment il traite les informations, créant une augmentation de troubles du comportement, cognitifs, émotionnels et attentionnels.

 

  • Altère le développement des systèmes de réponse au stress, augmentant le risque d’anxiété, de dépression,  de problèmes cardiovasculaires et de santé chronique dans leur vie futur.

 

  • Un risque significatif pour les difficultés émotionnelles et interpersonnelles, incluant de hauts niveaux de négativité, un faible contrôle des impulsions, des troubles de la personnalité, ainsi que de faibles niveaux d’enthousiasme, de confiance et d’assertivité.

 

  • Un risque signifiant de développer des difficultés d’apprentissage et de faibles réussites scolaires, incluant des troubles des fonctions exécutives, de faibles régulations de l’attention, de faibles QI et de faibles niveaux scolaires.

Le Coût Financier

d’après Jeremy Loudenback, 2017

 

Au delà de l’impact affectif, émotionnel, cognitif, physique des maltraitances sur les enfants, adolescents et futurs adultes, les maltraitances coûtent cher financièrement à nos sociétés.

Selon les chercheurs du Centre de Prévention des Violences sur Enfants de San Francisco (USA), l’impact de chaque violence sur enfant coûte $400,533 tout au long de leur vie. Pour la ville de San Francisco, le coût total de la maltraitance infantile a coûté  $301.6 millions de dollars en 2015. Des chercheurs de cette ville ont calculé le coût moyen des maltraitantes infantiles dans différents domaines de prise en charge  : services de bien être de l’enfance : $11,035 par enfant ; éducation spécialisée : $12,891, sécurité sociale :$54,553, etc.
Les chercheurs ont été jusqu’à simuler la perte de productivité d’une victime de maltraitance. Pour chaque enfant maltraité mort, le manque à gagner s’élève à  $2,641,655. 
Ils concluent leur recherche en disant que leurs calculs ont été prudents. Il se pourrait que le montant réel du coût de la maltraitance aux USA soit de $5.6 milliards de dollars.

En France

D’après enfantbleu.org

Chaque jour, 2 enfants décèdent victimes de maltraitance (source : INSERM 2010)

14% des Français déclarent avoir été victimes de maltraitances – physiques, sexuelles et psychologiques – au cours de leur enfance (source : sondage Harris-L’Enfant Bleu 2014)

45% des Français suspectent au moins un cas de maltraitance dans leur environnement immédiat – familles, voisins, collègues, amis proches – (source : sondage Harris-L’Enfant Bleu 2014)

2 millions de Français, soit 3% de la population, déclarent avoir été victimes d’inceste (Enquête IPSOS pour l’association Internationale des victimes de l’inceste, AIVI)

86,8% des maltraitances sont intrafamiliales (Source : ONED 2006) 

 

Pour Conclure

Toutes ces données nous aident à mesure l’impact des maltraitances à plusieurs niveaux. Elles viennent aussi nous en dire beaucoup sur le potentiel traumatique qui existe au sein de la population qui reste à ce jour invisible, et aussi non soigné.
Face à tant de chiffres et de données aussi précises que difficiles, nous pouvons garder espoir. Car contrairement à il y a quelques décennies, nous savons aujourd’hui de mieux en mieux traiter les traumatismes et les maltraitances. Elles sont aussi davantage reconnues et surtout de plus en plus interdites. Les prises de conscience progressent… lentement. Il ne nous reste qu’à agir.
Pour en savoir plus, retrouvez mes articles précédents sur ces thématiques et les solutions à y apporter, notamment grâce à l’EMDR et aux thérapies intégratives.
Par Julien Baillet

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2 réponses sur “Le Coût de la Maltraitance sur les Enfants”

  1. Cet article vient me percuter en plein coeur. Ayant pu faire les mêmes observations et avoir vécu des cas similaires en institution tant de la place de l’observateur de maltraitant sur les enfants, d’objet de maltraitant institutionnelle et de par le sentiment d’être moi même maltraitant avec certains jeunes ne sachant plus cmoment les aider sans avoir suffisamment de relais ou de droit de sortir des sentiers battus.
    Il serait temps que les état âgés proposés soient pensés à partir du besoin du jeune et non de ce que le professionnel à envie de partager.

    Nous gagnerons tous à dire les choses aussi simplement et authentiquement.

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