EMDR et Estime De Soi

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Parmi les symptômes que les patients rapportent le plus souvent en thérapie, le manque de confiance en soi, ou la faible estime de soi se place aisément dans les premières places. Il est presque sur le podium. Il faut dire que ses symptômes ne sont pas agréables, très fréquents, et handicapants. Peut être les avez vous déjà expérimentés, ou bien vous les expérimentez encore. Si vous n’avez jamais connu des moments de faible estime de vous même, prenez le temps de vous imaginer ainsi :  croire que l’on est pas capable, qu’on est nul, voué à l’échec, et qu’on ne peut pas compter sur soi-même. Pas agréable, n’est-ce pas ? Ni motivant. Et pourtant. Avoir ces pensées arrive bien plus souvent qu’on le pense. D’où est-ce que ça vient ? Voyons cela …

Un Symptôme Post Traumatique

Parmi toutes les théories qui abordent le fonctionnement de l’Estime de Soi et sa place dans les souffrances que peuvent expérimenter les gens, rares sont celles qui abordent sa connexion au traumatisme.

Parenthèse : je trouve que bon nombre de ces théories sont totalement artificielles et déconnectées de ce qu’un patient réel peut vivre. A croire que certains auteurs et chercheurs ne savent pas ce qu’est un patient. Ils établissent des concepts descriptifs très pointus, qu’ils ne prennent jamais le temps de relier à ce que les gens ressentent, expérimentent, ou vivent. C’est une psychologie désincarnée que vous pouvez lire malheureusement  dans beaucoup trop d’ouvrages.  Du coup, à force de créer du concept et à les relier uniquement entre eux, aucune application clinique n’est possible tant les concepts sont coupés du réel. Pourtant, la psychophysiologie, les neurosciences, la neurobiologie interpersonnelle, la psycho-traumatologie, (etc) apportent régulièrement des données et des informations qui nous permettent d’incorporer la psychologie, la rendre plus réelle, plus concrète à notre vie et nous permettre d’agir dessus. Et surtout, de nombreux cliniciens construisent des outils pour soigner ces symptômes. Fin de la parenthèse.

La faible Estime de Soi fait partie intégrante des symptômes post traumatiques. Voyez par vous même.  Le critère D du DSM5 concernant l’Etat de Stress Post Traumatique l’aborde largement :

Critère D : Pensées et/ou émotions négatives qui ont commencé ou ont empiré après le trauma, comme suit :

• Une incapacité à se remémorer les moments clés du trauma

• Pensées et suppositions négatives excessives à propos de soi ou du monde 

• Accusation de soi ou des autres exagérée dans la responsabilité du trauma (c’est leur faute si/c’est ma faute si c’est arrivé)

• Affects négatifs 

• Diminution de l’intérêt pour les activités

• Sentiment d’isolement

• Difficultés à ressentir des affects positifs

( D’après https://www.ptsd.va.gov/professional/PTSD overview/dsm5_criteria_ptsd.asp)

En caractères gras,  on retrouve tous les éléments d’une faible estime de soi.

Il ne s’agit pas de dire ici que tous les problèmes d’estime de soi sont d’origine traumatiques. Même si personnellement je ne suis pas loin de le constater. Car dans ma pratique, tous les problèmes d’estime de soi traités dans une perspective traumatique se sont largement améliorés, ou ont complètement disparu. Je dis bien tous. Mais bon. Cela reste de l’expérience clinique, et non de la recherche validée.

Quelles Conséquences ?

Ce que je trouve particulièrement intéressant dans ces critères, c’est le lien qui est fait avec les émotions. Une faible estime de soi n’est pas émotionnellement neutre. Cela implique donc que l’estime de soi n’est pas uniquement rationnelle. De là, nous avons une porte d’entrée très différente qui s’ouvre à nous pour traiter en profondeur les racines du manque d’estime de soi, au lieu de se limiter à une reconstruction cognitive de croyances erronées. Ici, la croyance est plutôt déformée par l’affect.

Les praticiens EMDR le savent bien. Il est systématique de repérer une distorsion cognitive lors du rappel d’un évènement traumatique. Le simple fait de se rappeler un évènement qui nous fait encore souffrir émotionnellement vient affecter le fonctionnement de notre cortex pré-frontal, dont les différentes régions sont particulièrement impliquées dans la cognition : parole, prise de décision, planification, orientation, réflexion, régulation des émotions, empathie et d’autres encore.

Sachant cela, il s’agit de donner une nouvelle perspective au manque d’estime de soi . Il semble insuffisant de la limiter à un schéma de croyances inadaptées apprises. Il s’agit d’impliquer la dimension émotionnelle en envisageant le manque d’estime de soi par la distorsion de ces croyances sur soi-même due à des événements douloureux . Nous ne sommes pas pure cognition. Loin de là.

EMDR et Estime de Soi : La Thérapie de Mme C

Mme C est une patiente que j’accompagne depuis quelques mois maintenant. Parmi tous les symptômes qu’elle rencontre, le manque d’estime de soi est un symptôme récurrent. Toutes ses séances sont agrémentées d’anecdotes où elle pense “je suis nul”, “je n’y arriverai jamais” ou “je ne peux pas faire ça”.

Suite à une séparation, elle a souhaité entamer une thérapie EMDR pour l’aider à  “débloquer ses freins”. Etant dans une démarche introspective et de développement personnel, elle avait réalisé l’existence de ces “freins”. Sans parvenir à les faire disparaitre.

Après notre première rencontre, nous avons pris le temps d’une séance pour identifier quels étaient les souvenirs cibles à traiter.  Ces souvenirs sont ceux qui, selon la théorie du Traitement Adaptatif de l’Information, maintiennent le système de réseaux dysfonctionnels que Mme C appelle ses “freins”.  Après cette séance de repérage, nos séances se sont focalisées sur la digestion, l’intégration des souvenirs, de leurs émotions et de leurs sensations associées.

Les résultats ne se sont pas fait attendre :

  • Après une séance, Mme C se sentait déjà plus capable. Elle l’a notamment remarqué dans ses relations avec son ex mari. Leurs relations restaient en effet tendues depuis la séparation. Mme C se mettait notamment la pression concernant leurs filles, et la communication que Mme C devait entretenir avec son ex mari pour leur éducation. Elle se sentait nerveuse au moindre sms ou appel téléphonique de celui-ci. Une boule au ventre la prenait systématiquement. Après la première séance, ces sensations avaient diminué, ainsi que la peur qui y était associée.
  • Après la deuxième séance, toutes les sensations négatives avaient disparu. Le traitement a aussi impacté une sensation de stress par rapport à l’heure. Mme C s’interdisait à tout prix d’être en retard. Cette pression avait disparu après cette séance.
  • Après la troisième séance, Mme C se montrait plus ouverte, moins hésitante dans son discours, plus détendue et souriante. Elle sent déjà qu’elle n’est plus la même personne. Elle a pu reprendre ses recherches concernant un travail, qu’elle avait mis de côté, ne se sentant pas capable d’y arriver.

Conclusion

Même si j’observe ce type d’évolution chez mes patients depuis plusieurs années maintenant, je suis toujours émerveillé de voir la transformation des gens, et de pouvoir y participer. Ce sont des moments magiques.

Ces résultats illustrent parfaitement notre postulat théorique de départ. Traiter les racines traumatiques du manque d’estime de soi le font progressivement disparaitre. Et ce de façon durable. Quand l’intégration est complète, nous n’avons plus aucune raison de nous sentir nul, incapable ou pas à la hauteur, car toutes les informations émotionnelles et sensorielles qui soutenaient ces croyances ont disparu.

 

Par Julien Baillet

 


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