Soigner Ses Démons Au Lieu de Les Combattre

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Une Sagesse Millénaire

Voici une stratégie thérapeutique intéressante et efficace : Soigner Nos Démons et Cesser de Les Combattre … A priori, ce n’est pas vraiment “mainstream” comme idée. La tendance actuelle est plutôt au combat, à la destruction, à la démonstration de force, à la performance, plutôt qu’au soin, à l’attention, à la réparation et à la bienveillance. Qu’en pensez-vous ?

C’est d’autant moins mainstream que la référence dont je tire cette idée date du XI ème siècle. Entre 1055 et 1045 après J.C, pour être précis. Et elle est attribuée à Machig Lapdrön, une enseignante bouddhiste dont la sagesse et les écrits ont été mis à jour par Tsultrim Allione, lama bouddhiste fondatrice de Tara Mandala, un centre de retraite bouddhiste situé dans le Colorado.

Lama Tsultrim Allione

Qu’est-ce qu’un Démon ?

Le terme Démon a plutôt mauvaise presse en occident. Pourtant étymologiquement, le mot démon vient du grec daimôn, qui signifie “génie protecteur, dieu”, et qui était l’inspirateur de la destinée d’un homme ou d’une collectivité. Le daimôn grec était donc une créature divine, un esprit guide fiable et digne de confiance. Plutôt perçu positivement donc.

Avec le temps, l’histoire, les évolutions culturelles et les influences religieuses, le sens a changé. Le démon est devenu un ennemi. Un être méprisable, à rejeter, exclure, voir pire, à éliminer. En tout cas, à combattre.

C’est ce que Tsultrim Allione nomme “le mythe du tueur de dragons“. On le retrouve avec Hercule, qui dans ses douze travaux est amené à combattre l’Hydre de Lerne. Et beaucoup d’histoires plus récentes, valorisent uniquement le héros qui terrasse le dragon et sauve la princesse ! Renvoyant notre monde actuelle à une quête permanente de héros pour nous sauver, ou de princesse à sauver. Je ne citerai que l’exemple de Bruce Wayne dans Batman, mais combien de “SuperHéros” se retrouvent dans le même schéma de lutte contre le mal ?

On observe ainsi une véritable polarisation, la création de deux extrêmes, entre le bien et le mal, la lumière et l’obscurité, etc. Et seule la lutte semble pouvoir exister en guise de solution. Jamais la paix. Avez-vous essayé d’imaginer certaines histoires, certains films, en enlevant les luttes et les combats qui les remplissent ? Je m’amuse à faire cela de temps en temps. Et c’est très déroutant !

Si je reprends l’exemple de Batman (je m’inspire ici des films les plus récents de Christopher Nolan), je me suis imaginé Bruce Wayne, qui perd ses parents quand il est enfant. Dans le film Batman Begins, ils sont tués sous ses yeux lorsqu’un voleur s’empare de l’argent et les bijoux du couple Wayne. Dans l’histoire le jeune Bruce va être traumatisé par cet épisode, et va destiner sa vie à d’abord venger ses parents en tuant leur assassin, puis à combattre le crime de façon plus globale, pour éviter que n’existe d’autres orphelins.

Je me suis imaginé Bruce Wayne pris en charge en EMDR lorsqu’il perd ses parents quand il est enfant, pour l’aider à digérer ce traumatisme… Oui, c’est original 😉 Et bien une fois cela fait, Batman n’existe plus. Il n’y a que Bruce Wayne qui va pouvoir vivre sa vie milliardaire, venir en aide aux plus démunis sans se sacrifier dans une double vie qui le place continuellement en danger et en lutte permanente.

Rahula, divinité protectrice bouddhique, protège l’esprit contre les fausses convictions

Nos Démons Internes

Les démons évoqués par Tsultrim Allione ne sont ni des fantômes, ni des farfadets, ni des serviteurs de satan. Ce sont nos inquiétudes actuelles, les difficultés qui nous accablent ou nous privent de liberté. Ils sont parfois issus de conflits relationnels, de l’anxiété que peut générer de prendre l’avion, ou de notre difficulté à nous regarder dans le miroir. Cela peut être la peur de l’échec,  la dépendance sous de nombreuses formes ( à des substances ou à des comportements par exemple). La peur de l’abandon, la violence, l’anorexie ou la boulimie, la peur du vide ou de l’obscurité.

Avec un regard de “psy occidental”, cela recouvre pas mal de symptômes et de diagnostiques décrits dans les manuels de psychopathologie ! Sauf qu’ici, l’approche est radicalement différente, grâce à la bienveillance et à la compassion intégrés le bouddhisme (Freud s’était malheureusement arrêté à la neutralité bienveillante 🙂 ). Ici, les symptômes ne sont pas vus comme pathologiques, mais comme adaptatifs.

Nos démons seraient donc nos souffrances internes, non soignées, non apaisées. Ils font partie intégrante de l’esprit, et n’ont pas d’existence indépendante. Ils sont reliés, dépendants de notre esprit. En les ignorant ou en les combattant, nous les laissons en souffrance ou nous les renforçons et les faisons grandir. Comme nous n’avons pas appris à les reconnaitre pour ce qu’ils sont, c’est à dire des parts de nous en souffrance, nous n’avons pas appris à nous en occuper convenablement. Notre esprit les croyant réels et dangereux pour nous, nous n’avons appris qu’à les combattre. Il est donc très important pour nous d’apprendre à apaiser notre part combattante, et à cesser de vouloir dominer ce que nous percevons comme un “ennemi”.

Nous pouvons avoir aussi tendance à “projeter” nos démons sur les autres. Ce que nous détestons le plus chez les autres, c’est généralement le reflet de l’un de nos démons. Ceux que nous critiquons ou essayons de dominer, ont en eux les mêmes démons qui nous hantent. Nous comporter “comme si” nous n’avions aucune part d’ombre, nous rend particulièrement vulnérable à nos démons, çar nous n’avons pas conscience de leur présence. Ils agissent donc malgré nous. Reconnaitre nos démons en les mettant à jour et en leur faisant face de manière consciente les rendra moins dangereux . Et pour les transformer en alliés protecteurs, il nous faudra les soigner.

Soigner Ses Démons

Dans mon article sur les parts de soi,  j‘abordais les différentes phases du soin de nos parts blessées. Identifier, Accepter, Accueillir. Vous vous rappelez ?(Reprenez l’article ici si ce n’est pas le cas). 

Tsultrim Allione, elle, propose un protocole en 5 étapes qu’elle a nommé “Nourrir ses Démons”, tiré des enseignements de Machig Lapdrön. Par nourrir, elle ne veut pas dire entretenir les démons dans leurs aspects négatifs (ressentir de la peur, de la honte ou du débout n’a rien d’agréable), mais plutôt aider les démons à se transformer en leur donnant ce dont ils ont besoin. Ce qui mettra fin à leur souffrance. Je préfère parler de Soin pour éviter une éventuelle confusion sur quelle nourriture nous allons apporter au démon. Voici les étapes qu’elle propose.

Etape 1 : Trouver le démon

Etape 2 : Incarnez le démon, et identifiez ses besoins

Etape 3 : Devenez le Démon

Etape 4 : Nourrissez le Démon, rencontrez l’allié

Etape 5 : Repos dans un état de conscience détendu.

On retrouve les 3 étapes que je proposais, à laquelle s’ajoute la dimension “Nourriture” ou “Soin”. Cette dimension va apporter la transformation nécessaire pour que le démon devienne un allié. Ce qui n’est pas rien ! 😉

Le plus important pour prendre soin de vos démons, de vos parts, c’est l’accueil. C’est de sortir du combat ou du rejet dans lesquels vous vous êtes habitués à être. Ce n’est pas facile, mais je vous garantis que cela en vaut la peine.

D’après “Nourrir Ses Démons, Utilisez la sagesse ancienne pour résoudre vos conflits intérieurs ” (Tsultrim Allione, 2008).

 

Par Julien Baillet


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